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  • le regard d'une femme sur le monde

    Le 29/08/2010 à 15:25

    A propos de "Poetry", magnifique film de Lee Chang-Dong

                                 Mija, une charmante grand-mère coréenne, toute faite de douceur de courage et de réserve, est confrontée brutalement, alors qu'elle cherche la poésie, à la noirceur du monde.

                                  Une jeune fille se suicide dans le collège de son petit fils pour avoir été violée pendant des mois par six ados. Le petit fils est l'un d'eux. L'entourage, indifférent ne pensera qu'à minimiser entre proposition d'achat et déni.

                                  Nous suivons le chemin intérieur de Mija, dans sa compassion et sa peine pour la petite, dont elle refait le parcours, jusqu'à accepter elle aussi un acte sexuel sordide ; dans son questionnement par rapport à la mère et par rapport au petit fils qu'elle a élevé, sombre ado crétinisé devant la télé. Et au-travers de tout cela, où donc se trouve donc la poésie et le sens du monde ?

                                  Certaines critiques parlent à propos de ce film de "regard sur la société coréenne". Non, regard sur la société mondialisée actuelle, la nôtre y compris, regard féroce et sans concession sur les hommes. Un film à voir de toute urgence.

                     

  • lectures d'été

    Le 12/08/2010 à 12:20

                                                 L'été est le moment des grandes lectures, et l'occasion de plonger quelquefois non pas dans le plus actuel, le plus à la mode, mais dans le plus fondamental.

                                                 Voici une lecture d'été, la vie de Germaine Tillion racontée par Jean Lacouture "le Témoignage est un combat".

    Germaine Tillion, certains ne la connaissent plus, et pourtant...

    Née en mai 1907, elle est décédée en 2008 dans sa 101e année. Ethnologue elle est une des premières femmes à partir en Algérie, dans les Aurès au titre de sa recherche entre 1934 et 1940.  Puis c'est la guerre ; résistante elle devient chef du réseau du Musée de l'homme de 1941 à 1942 ; déportée sur une dénonciation elle est emmenée à Ravensbrück ; elle écrira, longuement sur cette terrible expérience - une opérette jouée en 2007 au Théâtre du Châtelet "le Verfügbar aux enfers", puis de nombreux travaux sur les crimes de guerre nazis et et les camps de concentration soviétiques.

    Au moment de la guerre d'Algérie, elle est à nouveau active pour éviter le pire. puis elle se bat contre la torture en Algérie et ailleurs, et pour l'émancipation des femmes en Méditerranée. Professeur à l'Ecole Pratique des Hautes études elle lance à 97 ans, avec d'autres intellectuels un appel contre la torture en Irak.

    Et au travers de tout ces combats, une femme, une vie de femme...

    A lire : "le Harem et les cousins", Ravensbrück", "combats de guerre et de paix"

  • les bruits du monde

    Le 04/07/2010 à 12:25

                                       Quelle plus belle métaphore pour parler de notre rapport au monde que de de créer deux personnages hypersensibles aux bruits ? C'est ce que fait Belinda Cannone dans un magnifique roman, "Entre les bruits" ;

                                       "Concentre toi en toi-même petite fille, puis ensuite oublie-toi, deviens un instrument à capturer les sons, fais de la conque de tes oreilles le plus bel instrument pour écouter tour à tour le chant des étoiles et la rumeur du monde..."

                                        Belinda Cannone est auteure de plusieurs romans, et de deux essais importants "le sentiment d'imposture" et la bêtise s'améliore"

                                        A lire, aux éditions de l'Olivier, et chez Calmann-lévy

     

  • La chronique d'un cancer

    Le 23/05/2010 à 12:16

                                          Marie-Dominique Arrighi - dite MDA- journaliste à Libération, apprend au printemps 2009 qu'elle récidive d'un cancer du sein : elle est décide alors d'ouvrir un blog sur "Libé", dès juin de cette même année, où elle tiendra quasi quotidiennement un journal de ce qu'elle appelle "l'aventure cancérologique" ; journal où elle ne cache rien, écrit avec une grande pudeur, beaucoup d'humour, et une immense lucidité.

                                         MDA meurt 9 mois après, en mars 2010. Son blog vient d'être édité par les éditions "Bleu autour" sous le titre original "Histoires de crabe".

                                        Pour ceux qui n'auraient pas suivi ce blog - qui a donné lieu à des milliers de commentaires et d'échanges- , lisez le livre ! 

                                        Très loin des discours officiels et médicaux sur le cancer, ce témoignage au jour le jour - sur un sujet où on entend peu  la parole des malades - est, sans pathos, sans apitoiement, effectivement le récit d'une aventure qui n'est pas si anodine qu'on veut bien nous le dire, dans cette société où tout doit être toujours "positif" à tout prix !

                                        Merci MDA

  • honneur aux hommes !

    Le 25/04/2010 à 18:47

                                  Ce site a pour vocation de promouvoir les livres écrits par des femmes et leur point de vue. Pour une fois, rendons hommage aux auteurs qui écrivent sur les femmes différemment, dans une volonté d'aller vers elles, de les regarder et de les reconnaitre.

                                  Il y avait déjà eu "Syngué Sabour" de Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008.

                                  Dans un tout autre genre, un livre qui vient de paraître, d'Emmanuel Dongala, auteur d'origine congolaise vivant aux Etats Unis.

    Le titre en est "Photo de groupe au bord du fleuve", et le roman raconte la révolte des femmes dont le travail, très dur, est de casser des blocs de pierre au bord d'un fleuve africain.

    Nous avons beaucoup aimé, et apprécié la deuxième personne, le "tu" employé tout au long du récit. Pas je, bien sûr, mais pas "elle" non plus. Une fraternité active.

  • Un livre à lire absolument

    Le 27/03/2010 à 11:26

                              En s'en tenant strictement à ce qu'elle vit au jour le jour, Florence Aubenas dans son dernier livre "Le quai de Ouistreham" nous emmène dans la réalité du non travail et du travail à n'importe quelles conditions, à n'importe quel prix. Une réalité principalement de femmes, qui se lèvent avant l'aube pour deux heures épuisantes, et se couchent très tard après deux autres heures de travail très éloignées des premières, quand elles ont ce qu'elles considèrent être "de la chance".

                             Florence Aubenas raconte dans ce reportage à la fois sa propre expérience, ses difficultés, et avec beaucoup de tendresse les vies de celles et ceux qu'elle croise. Des vies dont on ne parle jamais. Des parcours dont on ne s'imagine pas dans le détail ce que représentent des heures dans les files d'attente ou devant des écrans qui ne donnent rien, ou face des personnes qui vous refoulent tous les jours avec un gentil sourire.

                             Il y a une urgence aujourd'hui à lire ce livre : "Le quai de Ouistreham", de Florence Aubenas, éditions de l'Olivier.

  • Printemps des poètes au féminin

    Le 07/03/2010 à 16:42

                 " S'il y a aujourd'hui un renouveau dans l'édition de poésie contemporaine, c'est du côté des femmes qu'il faut regarder, elles sont très nombreuses à publier... " Valérie Rouzeau, citée par Télérama

                   Valérie Rouzeau est  poétesse. (Son dernier recueil "Quand je me deux") ; Comme Venus Khoury Ghata, Andrée Chedid, Marie Claire Bancquart, et beaucoup d'autres à découvrir

                   A lire aussi : "quelqu'un plus tard se souviendra de nous", Anthologie de femmes poètes, Gallimard

                              "Couleurs femmes", 57 femmes poètes d'aujourd'hui. Castor Astral;

  • Lisette Model et la photographie

    Le 21/02/2010 à 17:44

     

                          Les photographies de Lisette Model font l'objet d'une exposition au Musée du jeu de Paume à Paris jusqu'en juin 2010

    Lisette Model (1901-1983), née à Vienne, vit à Paris à partir de 1926. Ses premiers clichés datent de 1933, à Paris et sur la côte d'Azur, puis en 1938 elle part pour New York où elle s'installe et enseigne jusqu'à sa mort. Elle aura, entre autres comme élève Diane Arbus, Rosalind Solomon

    Elle disait " ce qui me fascine dans la photographie c'est l'instant " : l'instant du geste, en effet, de l'expression, des pas sur le trottoir,  du reflet dans une vitre, rendant la vie dans toute sa vérité, pas toujours drôle, sans concession. Le regard qui nous force à voir les choses telles qu'elles sont.

     De très belles photographies en noir et blanc.

     

  • Hypatie

    Le 16/01/2010 à 19:45

    Hypatie fut une des nombreuses femmes philosophes de l’antiquité ; astronome et mathématicienne,  née vers 370  à Alexandrie,  elle était fille de Théon d’Alexandrie, lui-même géomètre et mathématicien, qu’elle a surpassé, puisqu’elle découvre le rôle des ellipses dans la gravitation des astres, fabrique des instruments scientifiques, fait des commentaires, malheureusement perdus par l’incendie de la Bibliothèque, sur des ouvrages d’arithmétique, écrit un « canon astronomique » et enseigne :

    « Elle était parvenue à un tel degré de culture qu’elle surpassait sur ce point les philosophes, qu’elle prit la succession de l’école platonicienne à la suite de Plotin, et qu’elle dispensait toutes les connaissances philosophiques à qui voulait ; c’est pourquoi ceux qui, partout, voulaient faire de la philosophie, accouraient auprès d’elle. La fière franchise qu’elle avait en outre du fait de son éducation faisait qu’elle affrontait en face à face avec sang-froid même les gouvernants. Et elle n’avait pas la moindre honte à se trouver au milieu des hommes ; car du fait de sa maîtrise supérieure, c’étaient plutôt eux qui étaient saisis de honte et de crainte face à elle. » (dit l'historien Socrate le Scolastique)

    Les chrétiens ayant pris le pouvoir à Alexandrie, leur évêque Cyrille organisa la mort d’Hypatie, par peur de sa pensée, de son influence,  et par jalousie. Elle fut lapidée par ses fanatiques en 415, son corps démantelé et ses restes brûlés.

    Cyrille, lui, régna en maître sur Alexandrie et fut ensuite canonisé.

    C’est cette histoire, romancée, que raconte le film « Agora » d’Amenàbar, que l’on peut voir actuellement en salles.

    Malheureusement, plus de 16 siècles après, cette histoire a des résonnances dans notre actualité la plus récente : des femmes sont toujours lapidées, brûlées vives, agressées, simplement parce qu’elles pensent et osent être libres. Mais Hypatie, comme les autres continuera à vivre dans nos mémoires. Merci à Amenàbar de l’avoir ressuscitée.

    (D’après en particulier Gilles Ménage « histoire des femmes philosophes », et l’Encyclopedia Universalis)

     

  • Femme et identité

    Le 04/01/2010 à 18:00

         "Qui peut prétendre vivre sans "communauté" ?  Diverses et multiples nous ne cessons de sortir des unes pour nous plonger dans d'autres. Les villes sont faites de tribus, ayant  chacune ses codes, que l'on peut choisir, quitter à sa guise. Mais il en est une plus possessive, archaïque, antique dans laquelle nous sommes inclus à la naissance, et qu'il est difficile de quitter : la communauté des origines recroquevillée sur ses enfants, jalouse et possessive. Elle referme sur nous ses mains griffues. Celles et ceux qui ont fait le choix d'échapper à son emprise savent qu'il faut pour cela entreprendre un long et dur travail de désacralisation de la terre des ancêtres..../...

             ... Les femmes sont un élément déterminant des procédures identitaires communautaires. N'est-ce pas pour atteindre une communauté au coeur de son identité que l'on viole massivement les femmes en temps de guerre, des femmes belges de la guerre de 14-18 victimes des "viols boches" aux musulmanes bosniaques ? Cette fonction est encore plus lourde dans les sociétés post coloniales....Si les femmes sont incluses dans ce tout qu'elles contribuent à définir, qu'il soit religieux, ethnique, national, dans le même temps elles sont exclues du pouvoir d'agir. Incluses dans le peuple algérien, les femmes algériennes se sont soulevées contre le colonialisme, suivant les modalités mises en place par les hommes algériens... L'indépendance venue, l'exclusion a repris ouvertement ses droits..."

                 Ces textes sont extraits du livre de Wassyla Tamzali, "Une femme en colère" paru en octobre dernier. Lisez-le ! Il est fondamental!  L'auteure interpelle les intellectuels occidentaux qui se montrent aujourd'hui incapables de penser les droits de la personne humaine au-delà de l'Europe. Mais il est aussi très important pour repenser des notions telles que l'identité...

                 Wassyla Tamzali a été avocate à Alger et Directrice des droits des femmes à L'unesco, à Paris

     

     

     

     

     

     

     

    Wassyla Tamzali

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