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honneur aux hommes !

                              Ce site a pour vocation de promouvoir les livres écrits par des femmes et leur point de vue. Pour une fois, rendons hommage aux auteurs qui écrivent sur les femmes différemment, dans une volonté d'aller vers elles, de les regarder et de les reconnaitre.

                              Il y avait déjà eu "Syngué Sabour" de Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008.

                              Dans un tout autre genre, un livre qui vient de paraître, d'Emmanuel Dongala, auteur d'origine congolaise vivant aux Etats Unis.

Le titre en est "Photo de groupe au bord du fleuve", et le roman raconte la révolte des femmes dont le travail, très dur, est de casser des blocs de pierre au bord d'un fleuve africain.

Nous avons beaucoup aimé, et apprécié la deuxième personne, le "tu" employé tout au long du récit. Pas je, bien sûr, mais pas "elle" non plus. Une fraternité active.

Un livre à lire absolument

                          En s'en tenant strictement à ce qu'elle vit au jour le jour, Florence Aubenas dans son dernier livre "Le quai de Ouistreham" nous emmène dans la réalité du non travail et du travail à n'importe quelles conditions, à n'importe quel prix. Une réalité principalement de femmes, qui se lèvent avant l'aube pour deux heures épuisantes, et se couchent très tard après deux autres heures de travail très éloignées des premières, quand elles ont ce qu'elles considèrent être "de la chance".

                         Florence Aubenas raconte dans ce reportage à la fois sa propre expérience, ses difficultés, et avec beaucoup de tendresse les vies de celles et ceux qu'elle croise. Des vies dont on ne parle jamais. Des parcours dont on ne s'imagine pas dans le détail ce que représentent des heures dans les files d'attente ou devant des écrans qui ne donnent rien, ou face des personnes qui vous refoulent tous les jours avec un gentil sourire.

                         Il y a une urgence aujourd'hui à lire ce livre : "Le quai de Ouistreham", de Florence Aubenas, éditions de l'Olivier.

Printemps des poètes au féminin

             " S'il y a aujourd'hui un renouveau dans l'édition de poésie contemporaine, c'est du côté des femmes qu'il faut regarder, elles sont très nombreuses à publier... " Valérie Rouzeau, citée par Télérama

               Valérie Rouzeau est  poétesse. (Son dernier recueil "Quand je me deux") ; Comme Venus Khoury Ghata, Andrée Chedid, Marie Claire Bancquart, et beaucoup d'autres à découvrir

               A lire aussi : "quelqu'un plus tard se souviendra de nous", Anthologie de femmes poètes, Gallimard

                          "Couleurs femmes", 57 femmes poètes d'aujourd'hui. Castor Astral;

Lisette Model et la photographie

 

                      Les photographies de Lisette Model font l'objet d'une exposition au Musée du jeu de Paume à Paris jusqu'en juin 2010

Lisette Model (1901-1983), née à Vienne, vit à Paris à partir de 1926. Ses premiers clichés datent de 1933, à Paris et sur la côte d'Azur, puis en 1938 elle part pour New York où elle s'installe et enseigne jusqu'à sa mort. Elle aura, entre autres comme élève Diane Arbus, Rosalind Solomon

Elle disait " ce qui me fascine dans la photographie c'est l'instant " : l'instant du geste, en effet, de l'expression, des pas sur le trottoir,  du reflet dans une vitre, rendant la vie dans toute sa vérité, pas toujours drôle, sans concession. Le regard qui nous force à voir les choses telles qu'elles sont.

 De très belles photographies en noir et blanc.

 

Hypatie

Hypatie fut une des nombreuses femmes philosophes de l’antiquité ; astronome et mathématicienne,  née vers 370  à Alexandrie,  elle était fille de Théon d’Alexandrie, lui-même géomètre et mathématicien, qu’elle a surpassé, puisqu’elle découvre le rôle des ellipses dans la gravitation des astres, fabrique des instruments scientifiques, fait des commentaires, malheureusement perdus par l’incendie de la Bibliothèque, sur des ouvrages d’arithmétique, écrit un « canon astronomique » et enseigne :

« Elle était parvenue à un tel degré de culture qu’elle surpassait sur ce point les philosophes, qu’elle prit la succession de l’école platonicienne à la suite de Plotin, et qu’elle dispensait toutes les connaissances philosophiques à qui voulait ; c’est pourquoi ceux qui, partout, voulaient faire de la philosophie, accouraient auprès d’elle. La fière franchise qu’elle avait en outre du fait de son éducation faisait qu’elle affrontait en face à face avec sang-froid même les gouvernants. Et elle n’avait pas la moindre honte à se trouver au milieu des hommes ; car du fait de sa maîtrise supérieure, c’étaient plutôt eux qui étaient saisis de honte et de crainte face à elle. » (dit l'historien Socrate le Scolastique)

Les chrétiens ayant pris le pouvoir à Alexandrie, leur évêque Cyrille organisa la mort d’Hypatie, par peur de sa pensée, de son influence,  et par jalousie. Elle fut lapidée par ses fanatiques en 415, son corps démantelé et ses restes brûlés.

Cyrille, lui, régna en maître sur Alexandrie et fut ensuite canonisé.

C’est cette histoire, romancée, que raconte le film « Agora » d’Amenàbar, que l’on peut voir actuellement en salles.

Malheureusement, plus de 16 siècles après, cette histoire a des résonnances dans notre actualité la plus récente : des femmes sont toujours lapidées, brûlées vives, agressées, simplement parce qu’elles pensent et osent être libres. Mais Hypatie, comme les autres continuera à vivre dans nos mémoires. Merci à Amenàbar de l’avoir ressuscitée.

(D’après en particulier Gilles Ménage « histoire des femmes philosophes », et l’Encyclopedia Universalis)

 

Femme et identité

     "Qui peut prétendre vivre sans "communauté" ?  Diverses et multiples nous ne cessons de sortir des unes pour nous plonger dans d'autres. Les villes sont faites de tribus, ayant  chacune ses codes, que l'on peut choisir, quitter à sa guise. Mais il en est une plus possessive, archaïque, antique dans laquelle nous sommes inclus à la naissance, et qu'il est difficile de quitter : la communauté des origines recroquevillée sur ses enfants, jalouse et possessive. Elle referme sur nous ses mains griffues. Celles et ceux qui ont fait le choix d'échapper à son emprise savent qu'il faut pour cela entreprendre un long et dur travail de désacralisation de la terre des ancêtres..../...

         ... Les femmes sont un élément déterminant des procédures identitaires communautaires. N'est-ce pas pour atteindre une communauté au coeur de son identité que l'on viole massivement les femmes en temps de guerre, des femmes belges de la guerre de 14-18 victimes des "viols boches" aux musulmanes bosniaques ? Cette fonction est encore plus lourde dans les sociétés post coloniales....Si les femmes sont incluses dans ce tout qu'elles contribuent à définir, qu'il soit religieux, ethnique, national, dans le même temps elles sont exclues du pouvoir d'agir. Incluses dans le peuple algérien, les femmes algériennes se sont soulevées contre le colonialisme, suivant les modalités mises en place par les hommes algériens... L'indépendance venue, l'exclusion a repris ouvertement ses droits..."

             Ces textes sont extraits du livre de Wassyla Tamzali, "Une femme en colère" paru en octobre dernier. Lisez-le ! Il est fondamental!  L'auteure interpelle les intellectuels occidentaux qui se montrent aujourd'hui incapables de penser les droits de la personne humaine au-delà de l'Europe. Mais il est aussi très important pour repenser des notions telles que l'identité...

             Wassyla Tamzali a été avocate à Alger et Directrice des droits des femmes à L'unesco, à Paris

 

 

 

 

 

 

 

Wassyla Tamzali

Récit de vie, histoire de vie...

 

                     Réflexions sur le "récit de vie"

                     Le "récit de vie" ou "histoire de vie" sous sa forme écrite est utilisé depuis plusieurs années en sciences de l'éducation et en formation : il est devenu maintenant une notion transverse en sciences sociales.

                     Qu'est-ce que le récit de vie ? C'est d'abord sous sa forme orale une des formes les plus courantes de la conversation : souvenirs, récit de voyages, événements vécus... La forme écrite, plus complète, permet à celle ou celui qui le réalise une distance, une réflexion, une inscription dans la durée. C'est d'abord bénéfique pour l'auteur lui-même qui "pose" ainsi sa propre histoire ; l'Humain est une "espèce fabulatrice", comme dit Nancy Huston...

                     Actuellement les récits de vie se multiplient, et les femmes y sont particulièrement actrices.

                     Au delà de la passionnante confrontation de l'expérience des unes et des autres, il est important de souligner et "d'extraire" ce que ces récits apportent à l'Histoire avec un H, à la philosophie, à la sociologie aussi.

                     A lire, le livre de Anne-Marie Trekker, "des femmes s'écrivent"

Hamida Ben Sadia

                   L'auteure du livre de cette semaine "Histoire d'une femme française", - Hamida Ben Sadia- vient de mourir.

Hamida Ben Sadia était une féministe qui se battait pour les droits des hommes et des femmes ; antiraciste, de tous les combats citoyens, militante contre l'intégrisme en Algérie, membre du Comité central de la Ligue des droits de l'homme, elle est saluée par tous comme une grande dame qui a su trouver les mots pour faire appel à la meilleure part de chacun.

                "Histoire d'une femme française" raconte son histoire.

L'importance de la correspondance

                     C'est un lieu commun de dire qu'"avant", lorsqu'on ne possédait pas le téléphone ou qu'on l'utilisait moins, on écrivait des lettres... Et oui, ces lettres, cette correspondance qui était le seul moyen de communication pendant la guerre de 39- 45 par exemple (voir "la lettre de ma mère", par Olympe) constituaient des morceaux de réflexions, des morceaux de récits de vie, des témoignages qui peuvent beaucoup enrichir  l'Histoire, avec un H majuscule, - l'histoire des femmes en particulier, l'ethnologie, la sociologie, et même la philosophie...

                   A une époque où l'on parle beaucoup de "récits de vie" - elles sont les carrés d'un immense patchwork, pour peu qu'on veuille bien les relire avec un peu de distance...

 

Théâtre toujours

                                Actuellement au Lucernaire à Paris, Laurence Février et la Compagnie "Chimène" présentent un spectacle intitulé "Suzanne, femme remarquable"

                               Le travail de la Compagnie Chimène s'appuie sur des entretiens véritables avec des personnes qui sont ensuite joués par des comédiens, dans le pur respect de la forme, des expressions et de gestes de l'auteur. Cela permet une grand vérité de parole, dans la distance nécessaire à son expression. Ils avaient ainsi créé, en 2006 "Ils habitent la Goutte d'Or", concernant 3 personnages représentatifs du 18e arrondissement de Paris.

                               Dans le cas de Suzanne, il s'agit de Francine Demichel, ancienne présidente de l'Université de Paris 8 Saint-Denis et professeur de droit.

Elle parle pendant une heure du droit, de sa position dans la société, et de la nécessité d'y inscrire la parité. "Suzanne" parle aussi de ses engagements, qui étaient ceux d'une génération. Un très beau texte.