"Qui peut prétendre vivre sans "communauté" ? Diverses et multiples nous ne cessons de sortir des unes pour nous plonger dans d'autres. Les villes sont faites de tribus, ayant chacune ses codes, que l'on peut choisir, quitter à sa guise. Mais il en est une plus possessive, archaïque, antique dans laquelle nous sommes inclus à la naissance, et qu'il est difficile de quitter : la communauté des origines recroquevillée sur ses enfants, jalouse et possessive. Elle referme sur nous ses mains griffues. Celles et ceux qui ont fait le choix d'échapper à son emprise savent qu'il faut pour cela entreprendre un long et dur travail de désacralisation de la terre des ancêtres..../...
... Les femmes sont un élément déterminant des procédures identitaires communautaires. N'est-ce pas pour atteindre une communauté au coeur de son identité que l'on viole massivement les femmes en temps de guerre, des femmes belges de la guerre de 14-18 victimes des "viols boches" aux musulmanes bosniaques ? Cette fonction est encore plus lourde dans les sociétés post coloniales....Si les femmes sont incluses dans ce tout qu'elles contribuent à définir, qu'il soit religieux, ethnique, national, dans le même temps elles sont exclues du pouvoir d'agir. Incluses dans le peuple algérien, les femmes algériennes se sont soulevées contre le colonialisme, suivant les modalités mises en place par les hommes algériens... L'indépendance venue, l'exclusion a repris ouvertement ses droits..."
Ces textes sont extraits du livre de Wassyla Tamzali, "Une femme en colère" paru en octobre dernier. Lisez-le ! Il est fondamental! L'auteure interpelle les intellectuels occidentaux qui se montrent aujourd'hui incapables de penser les droits de la personne humaine au-delà de l'Europe. Mais il est aussi très important pour repenser des notions telles que l'identité...
Wassyla Tamzali a été avocate à Alger et Directrice des droits des femmes à L'unesco, à Paris
Wassyla Tamzali